Alors Doniazade dit à Schahrazade : "Par Allah sur toi ! ô ma soeur,
raconte-nous un conte qui nous fasse passer la nuit !" Et Schahrazade lui
répondit : "De tout coeur et comme un devoir d'hommages dus ! Si toutefois
veut bien le permettre le Roi bien élevé et doué de bonnes manières!"
Lorsque le Roi entendit ces paroles, et comme d'ailleurs il avait de
l'insomnie, il ne fut pas fâché d'entendre le conte de Schahrazade.
Et Schahrazade, cette première nuit, commença le conte suivant...
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22h
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- Prélude
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Le marchand d'étoiles n'a toujours pas semé : le sommeil tarde
encor à trouver son chemin : seul
dans mon lit douillet, j'attends. Les brumes et les nues s'engouffrent
lentement dans les replis du drap, les fenêtres pianotent,
et l'âme peu à peu se plaît à naviguer :
l'heure est propice aux rêverrances, seul rempart à ces ombres
qui tourneront toujours pareilles à des vautours vers celui qui ne dort
Me voici donc faux prince à dériver la nuit sur les eaux douces du canal,
faisant d'un duvet un navire et de vautours des albatros.
Paisible, tranquille, cueillant des pétales d'or, des reflets argentés,
quelques notes de pluie,
je longe la Madeleine, brave le Minotaure comme on défie le Commandeur,
et dépasse l'écluse
Puis, de fil en aiguille, d'un rêve revient un souvenir
et d'une église en naissent d'autres :
déjà un Sacré-Coeur furtif s'envole au son des orgues...
Lors, habillée de silence et vétue de sa longue robe de nuit,
j'aperçois tel un Phare clairant à peine,
la belle Concepción
Me voilà donc échoué sur l'île et sa lagune. J'y retrouve sa langue,
ses chants, ses temples, sa musique
J'y vois sa petite fleur, ses tendres marguerites, ses palmiers ses
dragons, ses roches basaltiques,
ses églises baroques ses
vierges poignardées ses moulins
ses murs pâles, ces couloirs désertés.
Soudain, résonnant sur les parois lisses de mon dédale,
j'entends deux trois touches :
...
Puis :
certains échos de voix Puis : quelques éclats de
rire Là, un souffle...
Serait-ce Ariane, ma dulcinée, la douce Béatrice qui jadis m'a guidé ?
Mais les clapotis s'éloignent, s'accrochent à
l'ultime blanche comme l'enclise au verbe, valsent sur un soupir et
s'évaporent dans le silence...
Alors, bercé par le chant d'une étoile et porté par un voeu,
il me faut repartir, poursuivre,
monter sur la Licorne et remonter les vents,
chevaucher Rocinante à l'assaut des géants,
prendre le Magnifique ou Pégaze ou Crin-Blanc,
mes bottes de sept lieues ou mes souliers d'argent,
et retrouver cet air, dépasser l'arc-en-ciel, me suspendre à l'azur,
pour un jardin d'espoirs, pour une île au trésor,
un donjon dans l'éther, pour une toison d'or
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Sur un radeau parmi les brumes
Et effleurant des eaux diaphanes
Je voguerai vers Pampelune
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11h
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- Suite
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Quand nous fûmes en pleine mer, nous devînmes le jouet du vent et des
flots qui nous jetaient tantôt d'un côté, et tantôt d'un autre, et nous
passâmes ce
jour-là et la nuit suivante dans une cruelle incertitude de notre destinée ;
mais le lendemain nous eûmes le bonheur d'être poussés contre une île
où nous nous sauvâmes avec bien de la joie.
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scherzo |
Ma barque danse, file à babord, braque à tribord, surfe,
va fuser sur les vagues, nargue les nuages, traque les orages,
bluffe, piteux pequod de brique, petit argos de broc,
vieux brick de pacotille, canoë tout de roc roulant sur l'océan...
Ma barque danse, brinquebale, se ballade, se balance,
se trémousse au tempo de mes crises, éclabousse au rythme des humeurs...
Ma barque tangue, de vagues en lames et de rires en larmes,
de rêves en vers et de vouivre en serpents,
tangue, de cyclope en sirènes, de charybde en cythère,
d'abîmes en cratères et d'ïambes en anapestes,
tangue, de lacets en virages, de récifs en rivages,
de récits en naufrages et d'ogre en lotophages,
tangue, de sabordage en abordages, tangue, de calvaires en carnages,
tangue, d'orages en désesprit et d'éclairs en éclats
Ah! Ah! Ah...
Les flopons s'abattent !
les nues se rabattent !
les astres se cachent : on les chasse, ils m'échappent
!
!
...
Les flopons se suivent, Neptune s'active, et Vénus s'esquive
Crac
Les flots se tordent
le foc se courbe
la proue se cambre,
les noires s'accrochent, les blanches décrochent, les croches se noient,
ma barque roule, ma barque coule, ma barque plonge, tombe,
nage, remonte, renaît, raccroche,
revient braver les dieux de la navigation !
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adagio |
Sérénité, tranquilité.
D'ultimes violons, un dernier carillon, et le calme s'installe enfin ;
le sac d'Éole expire quelques menus soupirs,
le vent s'étire las et s'éteint quasiment.
Et comme suspendu, un parfum de silence
Sérénité, tranquilité.
Plus de ressac, non, plus de remous, non, les vagues meurent molles,
et les lascives voix des nymphes evoûtantes
s'enrobent maintenant d'une douce et langoureuse mélodie.
Sérénité, tranquilité.
L'océan pacifié s'est joliment drappé d'une brume légère,
sublime, tandis qu'un dernier souffle, tout juste un filament, vient s'étendre
et s'étiole au milieu des étoiles, que dévoilent les nues désormais envolées.
Des cieux s'est décrochée une tache laiteuse,
comme un nénuphar blanc, comme un soleil voguant,
une méduse qui dérive sur l'eau, tout en la caressant.
Ô merveilles ! À mieux y regarder, on distingue diverses teintes,
comme un iris, comme si un arc-en-ciel s'y mirait tendrement,
comme si, à l'heure même où l'or du jour s'accouple à l'argent de la nuit,
où le clair épouse l'obscur, le rayon teinté d'olivine se liait
à l'azur cristallin de l'onde, aux lueurs opalines des flocons d'écume,
aux poussières d'escarboucle et nuances vermeilles de l'horizon
Lors, serein, tranquille, la prose en repos et l'âme assagie,
mon beau petit navire peut se laisser lentement glisser
entre les îles et le ciel,
sur les dunes oscillantes de la mer et sous les
oeillets scintillants du firmament, bercé comme un enfant et régalant ses yeux
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andando |
Je nage maintenant, lentement,
déploie le bras droit, déplie le bras gauche, puis à droite, puis à gauche ;
je pause, brasse, planche, barbote, rebrasse, embrasse l'océan ;
l'eau caresse mes lèvres et d'innombrables algues effleurent mon épaule,
paraissant m'indiquer un point à l'horizon : une île !
J'ai pied, avançe par à-coups, sautille quelque peu,
me frayant un chemin parmi les plantes-tentacules que je dois écarter,
plus proche à chaque bond de la plage d'où elles prennent racine.
Puis, à proximité de la berge, presque à bout et pressé d'en finir, je marche
d'un pas double, sur des pierres dorées comme l'azur, entre les anémones et
les étoiles de mer. J'accoste.
Passée la plage nue d'où provenaient les algues,
le paysage adopte une anatomie plus escarpée :
une palmeraie près de laquelle reposent deux étangs, dont l'eau renvoie
les visages comme la paroi repousse l'écho, puis un chemin abrupt et sauvage
que j'arpente à présent, pic à l'aval duquel s'échappent encor
parfois des fumerolles, et dont la cime surplombe un abîme
bordé de pierres blanches, pour déboucher ensuite sur un col.
J'empreinte alors un vaste pan de sable blond,
si fluide qu'il s'écoule entre mes doigts et que,
portées au gré du plus petit soupir qui traverse cet erg,
des particules viennent délicatement épouser chaque marque que je dépose.
Je poursuis, progresse doucement entre les dunes qui se dessinent,
passe un puits, approche une oasis.
Un mirage ? M'arrimant de courage, je pénètre avec appréhension
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allegro |
Ô merveille !
Je me retrouve dans une forêt luxuriante, d'une incroyable fécondité :
de gigantesques arbres ligotés de bas en haut par de longues lianes
entrelâcées, les branches gigotant à tout va,
violemment secouées par d'énormes bourrasques. Le vent siffle,
vrille, virevolte et s'entortille, pareil au grand anaconda.
Je croise une multitude d'arbres, d'arbustes et de plantes, de toutes
sortes : fougères, bruyères, oliviers, lauriers,
patiences, anacardiers, lotos et analogues :
champignons, pommes, grenadilles, oiseaux de paradis...
Je parcours alors d'immenses champs de fleurs :
des pensées aux cent couleurs, des iris aux mille senteurs, des coquelicots
aux parfums enivrants, de doux pétales humectés de rosée qu'embrassent
des nuées d'abeilles qui venant boire leurs nectars pour enfanter le miel,
s'y posent doucement pour mieux s'envoler vers le ciel portées par les
vapeurs Lors, moi-même suspendu à l'ultime pétale
d'une marguerite bien-aimée, je m'en fais un tremplin, pour,
à la première larme qui se sublime, m'y coller, décoller,
et monter sans m'en faire aller nager aux cieux
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volando |
Me voici donc à dominer les cimes, survoler l'océan :
je lève l'aile droite et vire sur la gauche,
puis lève l'aile gauche et file au côté droit ; je plane dans les airs,
m'enivre de soleil, y caresse les nues, traverse les nuages,
faux prince de l'azur mais roi des paysages.
Lors, de nombreux volatiles viennent joindre leurs danses :
des pléiades d'anges, des volées d'oies sauvages en quête de chaleur,
de gentilles alouettes, de belles hirondelles qui portent le printemps,
des colibris baisent-fleurs, des joyeux rossignols,
des perroquets farceurs et des oiseaux des mers ;
quelques essaims d'abeilles bourdonnent gentiment entre deux champs de fleurs,
croisent les papillons qui s'en viennent voler, virevolter,
se suivre en farandole, dessinant mille formes,
volutes, arabesques, autour des blonds rayons du royal Apollon ;
c'est alors que, lentement, posément,
vient passer l'ombre longue et impériale d'un grand condor
Les nuages parsemés composent mille toiles, toutes éphémères, transitoires,
suspendues aux multiples inspirations du vent qui les sculpte.
Contournant chacun d'eux, j'espère à chaque fois découvrir
là-derrière la grande île flottante qu'il me dissimulerait :
peut-être Laputa, une autre Lémuria, peut-être Pampelune
à la belle apparence
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amoroso |
Me voilà maintenant, les nuages loin derrière moi,
à la découverte de l'espace.
Silenzio : pas
un bruit, pas un soupir, mais le beau choeur des cieux
aux mille réverbères, pour un sublime florilège :
couchée sur l'horizon et chatouillant les eaux
de ses longs cheveux sombres, Bérénice dort ;
sur son cheval ailé, et le carquois rempli de ses flèches de feu,
Persée tue la Baleine, délivrant de son joug la jolie Andromède ;
de par son oeil qui claire, on voit l'Aigle danser,
la Lyre qui nous charme et le Cygne chanter ; je
suis la Voie Lactée et ses milliers de braises où semblent
s'abreuver quelques oisillons bleus ; j'entends même
quelques étoiles rire
Et puis vient Jupiter, stature imposante,
corps de marbre, la peau d'ocre vermeille et l'oeil rouge captivant,
reignant de son trône olympien sur le monde et ses amours
C'est alors que, subrepticement, s'échappant de cette symphonie
voluptueuse, je sens se faufiler comme une tendre mélodie familière :
... D'abord
simple filet de voix, frêle lueur des yeux,
elle s'amplifie, peu à peu, lentement,
touche à touche lâche, solide, lapidaire,
puis monte, longe mon corps, toccatane à nouveau à mon coeur
et s'en va s'évanouir au loin, s'épanouir quelque part au-delà de l'infini,
de l'autre côté du cristal, aux confins du silencieux
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con fuego |
Ô berceuse des sphères, ô nocturne des astres,
deux noires pour une blanche, deux blanches pour une noire,
les triolets que j'ouis ne sont que l'anacrouse :
il me faut poursuivre, dépasser Jupiter, m'en aller remonter les anneaux
de Saturne et m'en passer au doigt ; il me faut butiner l'ultime orbe
céleste, où fleurissent des galaxies aux reflets éclatants
de rubis, d'escarboucle ; il me faut retrouver parmi ces myriades
d'univers-îles celui dont le nectar m'avait - si je me souviens bien -
jadis tant régalé ; il me faudra y succomber
J'ai le dessin d'une colline, baignée d'azur et de soleil,
un beau verger que l'on devine, un doux bruissement qui s'éveille :
j'apporterai un peu de pluie, nous en ferons un arc-en-ciel,
j'emporterai un peu de nuit et nous en goûterons le miel
Je vois un soleil colossal, la mer-azur, l'éthernité,
un merveilleux temple de Diane aux émeraudes incrustées,
aux cent pépites d'olivines, de sucre d'or en abondance,
que d'une rivière divine on peut cueillir à volonté
Je vois une entrée magistrale où les statues de marbre dansent,
sur un portique qui proclame : Ami là tout n'est que beauté,
idéal et magnificence, amour heureux bonheur intense,
la quintessence des cités, le paradis des sens... C'est l'heure de
partir, ô douces rêverrances !
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Sur un tapis fleuri de plumes
Avant qu'un rayon ne les fane
Je volerai vers Pampelune
Vers Pampelune ou Montréal
Pour y cueillir le rayon vert
Des brins d'aurore boréale
Et des pétales d'univers
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00h
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- Fugue
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Étant arrivés à la mer, nous traînâmes d'abord notre nef à la mer divine.
Puis, ayant dressé le mât, avec les voiles blanches de la nef noire,
nous y portâmes les victimes offertes. Et, nous-mêmes nous y prîmes place,
pleins de tristesse et versant des larmes abondantes. Et Circé à la belle
chevelure, déesse terrible et éloquente, fit souffler pour nous un vent
propice derrière la nef à proue bleue, et ce vent, bon compagnon,
gonfla la voile.
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Voici venu l'hiver de notre déplaisir :
le glas sonne, l'heure tombe,
l'aiguille à ce moment en termine sa ronde,
armée d'un arc-en-ciel la chasseresse tire :
le glas sonne, l'heure tombe et le charme s'effondre.
Lors, d'une marguerite éclot un chrisanthème,
la belle invitation se fond en anathème,
l'hirondelle en corbeau, la princesse en crapaud,
le carosse en citrouille, la baigneuse en serpent,
qui du fruit le plus mûr vient piquer l'insouciant.
Le glas sonne, l'heure tombe,
les plus belles des fleurs se meurent sous les ombres,
le beau miroir trompeur montre sa face sombre,
quand d'une encre de sang apparaît la sentence :
vous qui entrez ici, laissez toute espérance
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Premier
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cercle
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Ô désolation !
D'une sinistre forêt gagnée par la pénombre -
saules abattus, arbres pliés, feuilles brûlées et branches nues -,
j'atteins - ô funeste tableau, vision de cauchemars ! -
un erg de cendres noires, immense, infini,
parsemé de cratères qu'aura percés le ciel, de roches calcinées qu'aura
vomies la terre, et de fragments de ruines,
vestiges du temps où florissait encor l'espoir maintenant abandonné.
À défaut de rivière, quelques dernières coulées de lave
et de tristes rigoles creusées dans le soufre, à présent asséchées.
Du marbre rongé qui gît dans la poussière,
se dessine vaguement l'anatomie d'un temple, les marches d'un palais
délabré, les pieds d'un vieux colosse,
les côtes d'une pyramide vétuste qu'on devine dédiés à l'adoration des cieux
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Quoi ? Serait-ce Pampelune - paradis du soleil palace de l'espoir -,
le poussiéreux pays que l'on me donne à voir ?
Quoi ? Ce pâle mausolée, ces lacs au sol de lave,
ces mers comme séchées par un grand astre noir ?
Quoi ? Cet éternel carnac, ce tombeau de Minos,
ce sinistre océan aux airs de purgatoire ?
Ô désillusion ! ce monde désolé que ne puis-je le croire :
pas un cri, pas un regard, pas même un soupir ou un rire cruel, mais le rien,
le néant, mais le vide éternel ! Le rêve n'est donc qu'un mensonge,
immense bobard semeur de déception.
Là tout n'est que silence, apathie, ignorance :
Anna l'avait bien dit : N'y va pas ! :
dans l'abîme d'en haut, tout n'est qu'indifférence
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Baignant dans l'illusoire, dans ces belles histoires, aimables contes
pour embellir le soir, je désirais revoir un glorieux paysage,
reparcourir ce lieu, faire un joyeux voyage, pour un rire radieux,
un regard lumineux, un souffle mélodieux, un merveilleux visage...
Je regagne le ciel, retraverse les mers, les nues et l'atmosphère,
je retrouve cet air, ce soleil salutaire, le doux parfum d'éther
qu'émana l'héroïne à nouveau à mes yeux.
Mais la transe passée, reste le goût amer que laissent en chemin
d'analogues substances :
l'impression de carence, le parfum de l'absence,
un air de dépendance, le désir de partir, l'envie de s'évader, le besoin
de s'enfuir...
Ô grande poétesse, j'adhère à l'analyse, je rejoins votre aveu :
dans l'abîme d'en haut, tout n'est que silencieux
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Deuxième
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cercle
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Ô Horreur ! Qui voulut trop plonger son esprit dans la
sphère-océan du souvenir, passer imprudemment le seuil des reflets
pour y boire le nectar le calice et le Graal,
se voit condamné à mirer éternellement sa triste figure dans le trouble,
et faire face, sans pouvoir s'en abreuver, aux éclats
échos et fragments du temps jadis qui passent repassent ricochent et picorent,
pareils à des harpies à des singes volants,
le cristal extérieur des parois infranchissable de sa cellule
- telle est des dieux la décision.
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Horreur ! Qui voulut voler le feu de l'astre nourrissier
pour y réchauffer son coeur, sécher ses pétales et gagner l'éthernel,
se trouve condamné à offrir perpétuellement ses délicieuses
entrailles en amusent-gueules
aux guêpes rapaces vampires et autres charognards des cieux, venus savourer
un foie chaque fois plus exquis et s'abreuver d'un sang de grand cru
coulant à profusion - telle est la décision des dieux.
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Horreur ! Supplices incessants, maudite condition :
ces harpies démoniaques, ces rapaces dévoreurs...
il me faut fuir, fuir ! Partir m'évader et m'enfuir !
M'échapper! M'échapper! M'échapper!...
C'est alors que, miraculeusement, majestueusement,
je sentis se poser sur mon épaule l'ombre longue et déployée
de l'aigle de ma ville, qui, m'accrochant à ses griffes, décolla et m'emporta
au loin : je m'enfuis, je m'évade, je m'évade ! : adieu la détention
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Troisième
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cercle
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Besançon, ma ville, mon Ithaque. J'y revois son écluse, ses jardins,
sa rivière, j'y revois ses ruelles, ses quais, sa Citadelle et ses statues :
je retrouve son âme. Allant d'un pas faible, à peine régulier,
je longe le canal, pensif, fatigué, les yeux sur l'or - toujours -
et l'esprit dans les brumes.
Au loin, la Madeleine n'est plus qu'un souvenir.
Je peux poursuivre mon chemin, et rejoins maintenant la Gare d'Eau,
où se ferme la boucle, où le conte s'endort
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J'ai pu tourner la page, je veux fermer le livre,
plût à Dieu que je puisse ne pas y revenir :
puisqu'il me faut pâtir de quêter l'Hespéride, la fleur bleue ou la tulipe
noire, mieux vaut rester en bas y cultiver mes roses.
D'ailleurs, que pourrais-je faire d'autre ? Qu'aurais-je à espérer ?
Plût à Dieu que je puisse ne pas y revenir.
Bien sûr, parfois, viendront à moi les tentations, la petite sirène
et son invitation,
comme l'anachorète peut rêver de la ville,
le marin s'ennuyer loin de l'embarcation.
Mais là tout l'or des cieux n'y pourrait parvenir, si l'on oppose alors
sa détermination. Plût à Dieu que je puisse lutter sans concession
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Alors viendra le soir. Un de ces soirs brumeux
où le sommeil encor aura pris du retard,
un de ces crépuscules où le soleil balance entre la braise et l'ombre,
un de ces soirs sinistres où l'esprit libéré oscille au purgatoire :
soit l'âme vagabonde, soit pantèle en hiver en faisant
face au noir, au noir et son néant, son vide, son silence,
son vertige effrayants...
Alors me reviendront ces vautours qui sombrent, viennent
dévorer, picorer, savourer... alors je partirai.
Je le sais, je le pense :
je suis ma déraison et c'est ma raison d'être :
en brisant le miroir, quand bien même illusoire, l'espoir fait exister.
Dès lors je partirai.
Ô amour spirituel, ô rêve bien-aimé, pourquoi devrais-je
craindre autant ton désesprit, si en toi
la folie renforce plus que le sens ?
Et si les oiseaux volent, pourquoi ne pourrais-je pas ?
Donc je repartirai.
Une douce princesse, une reine de coeur - Ariane, Hari, Ada,
qu'importe le flacon -, viendra me délivrer,
et nous décollerons alors vers l'idéal, planant les coeurs liés
par dessus les chaumières, franchirons Jupiter,
puis, les anneaux de Saturne au col, nous en irons
voler vers d'autres cieux, voguer sur d'autres mers,
brûler en d'autres terres,
s'enlacer au soleil au-delà du zodiaque,
combattre le dragon, la baleine et le cheval marin,
pour une fée d'azur, d'escarboucle et d'émeraude,
pour de nouveaux espoirs, de merveilleux trésors,
un donjon dans l'éther ou une toison d'or
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Et à nouveau bravant l'écume
Et les tempêtes océanes
Je nagerai vers Pampelune
Vers Pampelune et Montréal
Comptant les pétales des sphères
Pour y voler mon idéal
Et si mon rêve est un enfer
Je veux alors pour ma fortune
Vendre mon âme à Lucifer
Et me damner, pour Pampelune !
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